LES DESSOUS DU CONFLIT VOLKSWAGEN-PREVENT

Les coulisses de l’accord conclu entre les équipementiers et le groupe Volkswagen demeurent mystérieuses. Plusieurs scénarios ont toutefois été mis au jour.

Diverses usines Volkswagen ont dû introduire récemment un chômage technique de plusieurs jours (consulter notre article traitant de ce sujet). En raison d’un litige entre VW et les deux équipementiers Car Trim GmbH et ES Automobilguss GmbH, ces deux sociétés avaient suspendu leurs livraisons pendant plusieurs jours. Mais les négociations entre les partenaires commerciaux ont été couronnées de succès et un accord a été signé. Bien que l’on n’ait, officiellement, aucune information sur les négociations et leurs résultats, quelques détails ont cependant fuité. La livraison des pièces nécessaires de toute urgence a donc été reprise, le contrat de coopération a été prolongé et il a été décidé de ne pas exiger des dommages-intérêts.

Mais quelle était la cause de ce litige? Apparemment, comme nous le signalions dans nos colonnes, Volkswagen aurait dénoncé un contrat déjà conclu avec l’entreprise Car Trim GmbH, qui lui fournit des revêtements de sièges. Or, cette dernière aurait déjà consenti de lourds investissements pour fabriquer les pièces prévues. Elle a donc réclamé des dommages-intérêts à hauteur de 58 millions d’euros. VW, jugeant cette créance injustifiée, a refusé de passer à la caisse.

Faszination Volkswagen e-Mobilit‰tLes mesures de Prevent

Pour faire pression sur le constructeur, Car Trim a suspendu ses livraisons à Wolfsburg. Mais elle est allée plus loin. Depuis avril 2016, Car Trim est une filiale de la société Prevent DEV GmbH, qui a également son siège à Wolfsburg – exactement comme ES Automobilguss. La maison-mère, Prevent donc, a pris des mesures pour que Volkswagen ne reçoive plus de pièces d’ES Autoguss aussi. Si VW avait encore la possibilité de s’approvisionner auprès d’autres fournisseurs pour les revêtements de sièges de Car Trim, il n’y avait, en revanche, pas d’alternative pour les composants de boîtes de vitesses d’ES Automobilguss – ce qui a, en partie, condamné les usines au chômage technique et obligé à suspendre la production sur les sites d’Emden, Wolfsburg, Zwickau, Kassel, Salzgitter et Brunswick, avec plus de 27 000 collaborateurs sur la touche.

En vertu de l’accord conclu entre Volkswagen et Prevent, le constructeur a désormais le droit d’acheter ses pièces ailleurs aussi à l’avenir. VW peut aussi faire appel à d’autres fournisseurs pour les composants de boîtes de vitesses non réceptionnés en raison de l’arrêt des livraisons et ce tant qu’elle en achète au minimum 80% à Prevent. Cette pratique, qui n’a rien d’inhabituel dans la branche, réduit le risque de blocage de la production en cas de défaillance d’un fournisseur, à cause d’un litige ou, tout simplement, car celui-ci n’est pas en mesure de livrer les pièces.

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Les reproches d’IG Metall

Le syndicat industriel allemand de la métallurgie IG Metall formule de lourds griefs contre Prevent. De l’avis de l’organisation, c’est le profit à court terme de cet investisseur financier, autrement dit du groupe Prevent, qui aurait eu la priorité lors de la décision de bloquer les livraisons de pièces, ce qui aurait, aussi, gravement mis en péril l’emploi des collaborateurs et le développement durable de l’entreprise chez ES Automobilguss et Car Trim. Avant la reprise par Prevent, qui a eu lieu il y a quelques mois, les deux sociétés auraient été, pendant des dizaines d’années, des fournisseurs fiables et fidèles de VW.

Mais IG Metall voit aussi une part de responsabilité chez Volkswagen. La pression au niveau des prix et les fortes tensions exercées lors de l’adjudication de commandes aux équipementiers seraient un handicap à leur capacité d’innovation et engendreraient un déficit de ressources pour le développement des entreprises.

Volkswagen Werk Wolfsburg

Y a-t-il anguille sous roche?

Selon certaines rumeurs, il pourrait y avoir bien d’autres enjeux que la simple commande annulée passée à Car Trim dans le litige entre Volkswagen et Prevent. Le groupe Prevent, fondé par le Bosniaque Nijaz Hastor et désormais dirigé par ses deux fils, n’œuvre pas dans la seule industrie automobile, mais détient également des participations dans des entreprises de différentes natures, de la mode à l’ameublement. De concert avec sa société sœur ASA Holding, le groupe est, selon ses dires, la plus grande entreprise privée de Bosnie-Herzégovine et avec plus de 6500 employés même l’un des plus grands pourvoyeurs d’emplois du pays.

De plus, ASA Prevent Holding a, à ce jour, l’exclusivité de l’importation des Porsche dans les Balkans. Porsche a l’intention de s’en charger elle-même à l’avenir et la suppression de ce secteur d’activité aura pour ASA Prevent des conséquences sur son chiffre d’affaires. Selon d’autres rumeurs, Daimler lui aussi risque de se retrouver devant les tribunaux face à Prevent, car l’équipementier entend intenter une action en dommages-intérêts pour plusieurs millions, là aussi en raison de contrats résiliés.

 

 

 

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