LES VOITURES ÉLECTRIQUES DOIVENT-ELLES SIFFLER, BOURDONNER, PÉPIER OU SE TAIRE?

Le bruit que devront émettre les véhicules électriques à l’avenir fait débat. Se pose en premier lieu le problème de la sécurité routière.

C’est l’une des questions les plus discutées à l’heure actuelle dans les milieux spécialisés: quel sera le bruit émis par le moteur électrique de demain? Martin Helfer, qui était jusqu’en mai dernier directeur du domaine de recherche Acoustique en automobile à l’Université de Stuttgart, déclare que «de nombreux acousticiens sont unanimes: la tendance sera à un certain silence. Ce sera plutôt un sound cleaning qu’un sound design ou, a fortiori, un sound engineering. En d’autres termes, en l’absence de moteur à combustion, on percevra dans la voiture à propulsion électrique des sons qu’on ne ressentait pas auparavant. En contrepartie, il y aura de nouveaux bruits qu’il faudra harmoniser.»

L’électrique se propage

Pour l’avenir, ce spécialiste estime que le sound design actif ne concernera plus que les voitures de sport. «Le bruit fait partie de leur ADN et c’est ce que le client attend de cette catégorie de véhicules», affirme Martin Helfer. Avec une voiture de sport, évidemment, le bruit du moteur est beaucoup plus important que pour un monospace ou un break. Alors que la recherche et le développement ont longtemps été réduits à la portion congrue dans le domaine de la voiture électrique, les choses sont en train de changer: les propulsions alternatives se propagent à grande échelle. Mais c’est le client qui décidera en dernier ressort comment les «nouvelles» voitures se feront entendre. Comme nous l’avons déjà souligné, Martin Helfer et plusieurs de ses collègues partent du principe qu’elles seront plus silencieuses. Mais seront-elles totalement silencieuses? Certainement pas; cela, pour différentes raisons.

Sur le plan mondial, les accidentologues et constructeurs planchent sur une question cruciale: la voiture électrique doit-elle émettre un bruit artificiel qui permette de signaler sa présence, et si oui, à quel degré? Une certitude, elle ne sera pas muette. Il y a d’ores et déjà des législations, tout au moins pour la conduite à basse vitesse: en 2008, les fédérations américaines de non-voyants ont exigé du Sénat une disposition juridique qui oblige les voitures électriques à se doter d’un bip spécial ou d’un fond sonore. Cette requête, que de nombreux constructeurs ont considéré comme une mauvaise plaisanterie, se matérialisera par une loi dans plusieurs pays. «Nous sommes tous tributaires de nos sens qui nous mettent en garde contre les dangers», a notamment déclaré le ministre américain des transports, Anthony Foxx.

Avertisseurs sonores

L’autorité de tutelle de la sécurité routière aux Etats-Unis, la National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA), jugent que les avertisseurs sonores installés sur les véhicules électriques et hybrides auront pour effet de réduire de 2400 le nombre de piétons blessés dans des accidents de la circulation. De nos jours, la probabilité d’accrochage entre une voiture électrique et un piéton est supérieure de 18% à celle du binôme piéton-véhicule avec bloc thermique. La situation est encore plus dangereuse pour les cyclistes. Ces derniers se fient à leur ouïe et la probabilité d’une collision entre cette catégorie d’utilisateurs de la route et une voiture électrique ou hybride est plus élevée de 51%.

«Sur un plan technique, déclare à ce propos l’ingénieur Martin Helfer, il n’est pas forcément nécessaire d’alerter les piétons et les cyclistes par un bip sonore. Il existe d’autres possibilités pour garantir la communication entre les voitures et les autres acteurs de la circulation, via les smartphones par exemple.» A cela s’ajoute le fait qu’à partir de certaines vitesses, le bruit du moteur demeure limité car il est couvert par celui des pneus et de la route. Avec les blocs à combustion modernes, on n’entend presque plus rien du moteur en conduite coulée. Martin Helfer déclare que dans ce domaine, on pourrait au maximum gagner une dizaine de décibels grâce à un meilleur asphalte ou à des pneus plus perfomants.

Obligatoire dès 2019

Quoi qu’il en soit, tous les véhicules neufs à propulsion électrique immatriculés en Europe devront, dès juillet 2019, être équipés d’un AVAS (Acoustic Vehicle Alert System), un système d’alerte sonore. A partir de juillet 2020, seules pourront encore être immatriculées les voitures électriques ou hybrides équipées d’un tel dispositif. Sur le Vieux-Continent, les voitures particulières ne devront émettre une alerte sonore que jusqu’à 20 km/h. Aux Etats-Unis, les véhicules doivent se manifester jusqu’à une vitesse de 30 km/h.

Niveau acoustique minimal

La Commission économique pour l’Europe des Nations unies (UNECE) a déjà présenté une proposition en ce sens. «L’intensité des avertisseurs sonores doit être comparable au bruit d’un véhicule de la même catégorie propulsé par un moteur à combustion», peut-on lire dans le règlement de l’UNECE. Les Nations unies, pour leur part, ont prescrit un niveau acoustique minimal pour les voitures électriques. A l’avenir, à 10 km/h, celles-ci devront émettre 50 décibels, alors que 56 décibels seront exigés à la vitesse de 20 km/h. Ces valeurs sont comparables aux sons émis lors d’une conversation normale ou au bruit d’une machine à coudre.

Une question de prestige

Pendant plus d’un siècle, le moteur à combustion a dominé le monde automobile dans ses deux déclinaisons les plus importantes: le moteur à essence, inventé vers 1870 par Nikolaus Otto, et le diesel, conçu vingt ans plus tard par Rudolf Diesel. Mais le bruit a toujours été un sujet de discussion. Outre son efficacité énergétique, le moteur à combustion s’est imposé sur le bloc électrique grâce à sa sonorité particulière évoquant la force et la puissance.

La propulsion électrique ne date pas d’hier, faut-il le rappeler. Son invention remonte au 19e siècle, aux balbutiements de l’industrie automobile. En cette année 2017, le moteur électrique affronte moult défis. Outre les problèmes sécuritaires que suscite son silence de roulement , il doit batailler avec les thermiques sur le plan du prestige. Quand on conduit et qu’on voit une voiture à combustion, son bruit est souvent générateur de douces sensations. Elle produit un effet authentique. Globalement, le design, les sensations de conduite et l’acoustique d’une voiture doivent produire des émotions, aussi bien pour le conducteur que pour les passants. L’enjeu est donc: comment, à l’instar du moteur à combustion, mettre en valeur les propriétés intrinsèques des modèles électriques?

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