À L’ÉCOLE DU MAÎTRE

Quand un rédacteur de la RA affronte Martin Bürki au slalom de Drognens, le résultat fait des étincelles chez les pilotes locaux!

© Photos: Patrick Corminboeuf

«Martin Bürki en Renault Mégane, on aura tout vu!» Samedi dernier, la réaction des commissaires au départ du slalom de Drognens valait son pesant d’or. La veille de la manche du championnat suisse, le quintuple champion de la discipline était au volant d’une monture inhabituelle, celle… de votre serviteur, une Renault Mégane RS 100% de série, y compris les pneus.

La proposition de rouler en tandem sur la même voiture est venue du maître lui-même, lors d’une discussion pendant la course de côte des Rangiers. «Tu roules à Drognens cette année?», m’avait-il demandé. «Si tu veux, on s’inscrit en double-départ!» Bien qu’effrayé à l’idée de soutenir la comparaison avec un tel expert, j’ai aussitôt accepté. L’occasion était rêvée, j’allais bénéficier des conseils du meilleur pilote actuel, tout en observant ce qu’il était capable de faire face aux amateurs chevronnés.

6h30: contrôle technique

Il fait encore nuit quand nous arrivons près de la caserne de Drognens. «MB» appose ses autocollants sur la carrosserie pendant que je récupère les miens. Pour des raisons d’organisation, la direction de course a préféré inscrire le pilote d’Uetendorf en catégorie L2 destinée aux véhicules préparés, alors que je courrai en L1, au sein des voitures de série. Dommage, car le jeu ne sera pas égal. Mais les chronos, eux, ne mentiront guère!
Dans le doute, j’avais laissé le réservoir presque vide, au cas où le surcroît de poids d’un plein de carburant aurait été rédhibitoire pour le vieux maître. Au contraire: «Allons remplir au moins jusqu’à la moitié, car il ne faut pas que ça désamorce. Ensuite, nous allons vérifier la pression des pneus», annonce-t-il. Une fois rendu au parc concurrents, Martin Bürki surgonfle les roues avant. «J’ai envie de rouler, pas de me promener», sourit-il. En ajoutant: «Tu verras, elle seras plus stable.»

7h30: maximum attack

«Maintenant, c’est la guerre!» Le quintuple champion suisse prodigue quelques conseils préliminaires avant la première manche d’essai. La météo avait annoncé la pluie, mais le ciel est clément et le sol sec. Je tâche de retrouver mes marques sur un parcours que je n’avais abordé qu’une seule fois en 2014. Freinages tardifs, trajectoires hésitantes et pneus à l’agonie, j’accumule les erreurs et signe un pitoyable 2’37’’530. Le slalom est un exercice de patience incomparable avec le pilotage sur circuit où je me sens bien plus à l’aise. «Je vois tout de suite sur les flancs des pneus que tu as trop donné d’angle de volant, s’exclame Martin Bürki. Tu arrives trop fort et tu forces.»

Le champion se présente ensuite au départ avec les L2, mais la séance de reconnaissance est zappée. Qu’à cela ne tienne, «MB» se lance et signe un modeste… 2’23’’587. «J’ai roulé doucement et proprement. Comme une grand-mère sur un parking de supermarché!»

10h30: on calme le jeu

Pour la deuxième manche d’essais, le mot d’ordre est le calme. Décidé à y aller «mollo», je soigne chaque trajectoire. Le changement de rythme n’est pas payant sur la feuille des temps avec un 2’38’’186, mais qu’importe: «en roulant doucement, tu es allé aussi vite qu’en forçant», rassure Martin, qui signe ensuite un chrono en 2’22’’318 sans pour autant être satisfait. «Ce n’était pas propre, j’ai raté deux freinages et j’ai laissé la quatrième vitesse dans la chicane qui précède la place d’armes. Nicht erfüllt!»

«Le mieux est l’ennemi du bien, relève ensuite le champion alémanique. Ce n’est pas grave de faire des erreurs, du moment qu’on ne les reproduit plus. J’admire beaucoup Walter Röhrl car il a été capable de s’adapter à tout. C’est pour cela que l’expérience d’aujourd’hui est intéressante.»

13h15: la surprise

Après un repas de midi délaissé pour une méticuleuse reconnaissance à vélo et en scooter, place à la première manche course. A part un passage raté autour du bâtiment de la première place goudronnée, je suis plutôt satisfait. Le chrono acquiesce en 2’31’’480, soit six secondes d’amélioration par rapport à la matinée! Sans une faute, j’aurais pu viser les 2’29 et me battre pour le top 3 de mon groupe en L1, mais les excellents Jean-Michel Gauthey (Renault Mégane RS avec pneus semi-slicks) et Steve Meuwly (Honda Civic Type R) se montrent intouchables en 2’25’’844 et 2’26’’923.

Face aux ténors du groupe L2 et à leurs quatre roues motrices modifiées, la lutte sera plus âpre pour «MB». Mais là, magie! En 2’21’’954, le maître ne concède que 9 dixièmes à la Mitsubishi Lancer de Stéphane Indermuhle, une performance incroyable compte tenu de la différence entre les voitures.

15h30: toujours plus vite

Il ne reste qu’à tenter un ultime assaut avant l’arrivée de la pluie, prévue pour 16h. En confiance, je traverse les chicanes plus vite qu’auparavant, tant et si bien que je ne freine pas assez avant l’entrée de la place d’armes. Damned! En 2’32’’294, tout est raté, mais la faute ne me frustre pas car je commençais à tenir le bon bout.

Pour «MB», la dernière manche sera encore plus dure. Les premières gouttes tombent et le parcours s’humidifie alors que les pneus arrière commencent à se dégrader. La Mégane se cabre au premier freinage. «A ce stade, j’ai su qu’on ne pourrait plus faire grand chose, mais je me suis battu comme si le championnat en dépendait», assure Martin Bürki, qui s’est payé le luxe d’améliorer encore son chrono en 2’21’’551. Hélas, un cône touché lui vaut 10 secondes de pénalité, cependant que Stéphane Indermuhle venait d’enfoncer le clou en 2’21’’102. L’exploit reste de taille et mérite une seule conclusion: chapeau bas! Quant à moi, il ne me reste plus qu’à revenir l’année prochaine en espérant être moins mauvais…


LES 5 CONSEILS DE MARTIN BÜRKI

Les pneus: «Il n’y a pas de grip sur les flancs. Forcer dessus dans les virages ne sert à rien.»

Le regard: «Savoir où on va est essentiel. Au lieu de penser porte après porte, il faut visualiser le plus loin possible.»

La concentration: «Avant le départ, se repasser le parcours en entier dans la tête aide beaucoup. Il n’y a rien de mal à rester dans sa bulle.»

Le pilotage: «Mieux vaut freiner plus tôt et favoriser une remise des gaz anticipée. Avec l’accélérateur, toujours laisser un filet, et jamais d’à-coups. En slalom, seule la propreté compte.»

L’état d’esprit: «Avant de préparer sa voiture, il faut s’améliorer soi-même et rouler le plus possible. C’est toujours facile de critiquer le matériel. Mais la voiture ne fait jamais d’erreurs…»

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